« Devenir libre ? », interview d'Adrien Candiard

Les ennemis de la liberté sont nombreux et beaucoup sont en nous. La liberté n’est pas d’abord menacée par des choses extérieures, mais par des éléments intérieurs telles que l’addiction, l’habitude, la paresse.. ou la peur.

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À l'invitation de l'Institut Pey Berland, le mardi 17 décembre à 20h30, le Frère Adrien Candiard, dominicain, donnera une conférence à la Maison saint Louis Beaulieu intitulée « Devenir libre ?». Dans son dernier ouvrage, il s’appuie sur l’un des textes les plus courts de la Bible pour nous rappeler l’importance capitale de la liberté, conférée par Dieu à tout homme.

Quelle a été la genèse de ce livre ?

Adrien Candiard, dominicain : Initialement, ce livre est né de la rencontre d’un petit groupe de jeunes chrétiens au Caire où nous lisions les lettres de Paul. J’y ai fait l’expérience que cette lettre à Philémon, qui ne fait que 25 versets, soit l’un des livres les plus courts de la Bible, permettait de parler de la liberté intérieure. J’ai constaté que ce thème les rejoignait et les faisait vivre.
Je crois que cette question de la liberté intérieure est un élément essentiel de la vie chrétienne qui est malheureusement trop peu perçu comme tel par les chrétiens eux-même. Ils ont souvent une relation plus enfantine aux commandements que ne le prévoit la foi chrétienne.
La rédaction de l’ouvrage a ensuite correspondu à l’explosion des crises des abus sexuels, et aux abus spirituels et de pouvoir qui y sont liés. Ce n’était pas le but de ce livre, mais il arrive dans ce contexte où nous avons besoin d’approfondir et de réapprendre, comme baptisés, le sens profond de cette liberté que Dieu veut pour nous.

Que dit justement l’Église sur cette liberté intérieure propre à chaque personne ?

Dans la théologie catholique la plus classique et ancienne qui soit, la règle indépassable en morale est la conscience personnelle de chacun. La conscience que vous et moi avons du bien et du mal. Nous pouvons nous tromper en jugeant ce qui est bien ou mal, mais nous avons l’obligation de suivre notre conscience. Saint Thomas d’Aquin, théologien important du XIIIème siècle, disait même que si quelqu’un « en conscience » ne croyait pas que Jésus Christ était le Messie et Fils de Dieu, demander le baptême était alors pour lui un péché. Car il agirait contre ce qu’il juge être bien.
L’enjeu est bien évidemment d’éclairer cette conscience, mais agir, par soumission à telle ou telle autorité, contre ce qui nous semble être le bien est donc contraire à ce qu’a toujours indiqué l’Église. La liberté ne veut pas dire que les commandements et la loi n’ont aucun intérêt. Mais ils ne doivent pas être confondus avec l’obéissance aveugle.

Que nous apprend Paul sur ce combat à mener pour préserver notre liberté intérieure ?

La tentation d’oublier ce qu’est la liberté chrétienne arrive très vite dans notre vie spirituelle. Dans cette lettre, Paul s’adresse à son ami Philémon au sujet de l’esclave de celui-ci, Onésime, qui s’est enfui et a trouvé refuge auprès de l’apôtre. Paul le renvoie à son maître avec un petit mot disant « tu a perdu un esclave, je te renvoie un frère », sans lui intimer l’ordre de l’affranchir. Cela peut nous choquer, car il nous semblerait plus efficace qu’il use de son autorité d’apôtre pour lui ordonner de faire le bien, au lieu de s’en remettre à sa liberté.
Mais si Paul veut la liberté d’Onésime, il veut aussi la liberté de Philémon. Il le met donc devant sa conscience. Nous ne savons d’ailleurs pas ce qu’il est advenu par la suite. Nous pouvons seulement espérer que la conscience de Philémon l’a poussé à bien agir mais cela ne nous est pas racconté.
La liberté nous paraît toujours un peu dangereuse, parce que nous ne savons pas où elle mène. Mais à l’inverse lorsque l’on sait d’avance quelle est la fin de l’histoire, c’est que nous sommes manipulés

Comment faire grandir la Liberté et la responsabilité de ceux avec qui nous cheminons ?

Pour chacun, la liberté est un long chemin et une libération. Apprendre  à un enfant à être autonome est long, apprendre à un cœur à être libre est encore plus long.
Ce n’est pas un appel à faire n’importe quoi, mais au contraire cette liberté nous responsabilise davantage en nous sortant d’une relation « permis/interdit », qui serait très infantilisante.
Lorsque j’étais encore en formation au couvent de Lille, l’un des frères dominicains, égyptien, avait eu la nostalgie du pays et souhaitait pouvoir y aller en vacances. Il était aller voir le responsable des étudiants, imaginant devoir négocier durement un billet d’avion...  À sa grande surprise, le Père-Maître lui a tendu la carte bancaire du couvent  en lui disant « si tu juge cela nécessaire, fais le ». Il s’est retrouvé idiot, ne devant plus grappiller quoique ce soit mais devant agir en conscience. Il n’a finalement pas acheté le billet, estimant que cela n’était pas si urgent. La liberté chrétienne est ce qui nous responsabilise.

Au début de votre livre, vous indiquez « seule l’amitié évangélise », qu’est-ce à dire ?

D’abord je crois que l’une des leçons de Paul et que le seul bien que l’on peut faire aux gens, et je le dis aussi en tant que prêtre devant régulièrement accompagner et conseiller des personnes, des couples, est de les aimer d’une amitié véritable, afin de leur faire vivre une part infime de l’amour que Dieu à pour chacun de nous.
À l’inverse, la tentation à laquelle il faut résister est de penser les conduire au bien en leur disant ce qu’ils sont sensés faire. C’est la juste attitude de Paul vis-à-vis de son ami Philémon, en lui témoignant une vraie amitié.

Dans un précédent livre, Veilleur, où en est la nuit ?, vous traitiez de l’espérance. en quoi celle-ci est-elle liée à la liberté, notamment en situation de crise ?

Les ennemis de la liberté sont nombreux et beaucoup sont en nous. La liberté n’est pas d’abord menacée par des choses extérieures, mais par des éléments intérieurs telles que l’addiction, l’habitude, la paresse.. ou la peur. La peur est une force très inhibante, bloquante, qui peut nous empêcher de faire le bien que nous voulons, ce pour quoi Dieu nous a créé.
Au contraire, l’espérance, quand on la place en Dieu et non dans des réalités humaines y compris le triomphe de l’Église, est un élément profondément libérateur. Car nous n’attendons plus de nous-mêmes les éléments de cette libération mais nous nous rappelons que le salut est déjà donné.

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