La Paix sans la bombe

Les principes éthiques qui sont travaillés autour de cette question de la Paix peuvent être les mêmes pour des conflits entre pays ou entre personnes.

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Le 14 et 15 février 2020, l'Institut Pey Berland propose une session de formation avec le P. Alain Paillard, secrétaire général de la commission Justice et Paix France et directeur adjoint du service Famille et Société de la Conférence des évêques de France.

En novembre dernier, le Pape François a lancé, depuis Hiroshima, un appel pour un monde sans arme nucléaire. Cette réflexion de l’Église sur la guerre et l’usage des armes ne date pas d’hier ?

P. Alain Paillard : Les questions de la paix et de la guerre sont en effet anciennes dans l’Église. Au Moyen-âge, on retrouve ainsi l’insistance récurrente autour de la trêve de Dieu par exemple… Au XXème siècle, lorsque les conflits sont devenus mondiaux, la pensée de l’Église a évolué et le Pape Benoît XV a proposé plusieurs critères sur la façon d’éviter ou de désarmer les conflits.
Sous Pie XII apparaît la bombe atomique, et l’usage de cette bombe à Hiroshima et Nagasacki. La réflexion sur les conséquences, pour la paix, de ces armes de destruction massive va notamment se poursuivre avec l’encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII ou le discours de Paul VI à l’ONU en 1965. Cela va déboucher au Concile Vatican II sur des prises de positions fortes de l’Église. On peut ainsi relever l’idée constante que le désarmement doit être un processus multilatéral et dialogué. Une application concrète de cette réflexion a lieu sous le pontificat de Jean-Paul II, au moment de la sortie de la Guerre Froide, avec la question du désarmement nucléaire dialogué entre les deux supers-puissances.
Benoit XVI était lui aussi très sensible à cette question de la paix, ayant notamment choisi son nom en référence à Benoît XV. Enfin, arrive le pape François qui pousse la logique jusqu’à condamner le fait même de posséder la bombe atomique. Mais cela va au-delà du fait de dénoncer la possession ou l’usage de la bombe. Nous devons aussi voir comment assurer la protection des populations dans le monde. Ce sont des processus complexes auxquels l’Église apporte sa part de réflexion, pour inciter les pays à s’engager pour la paix.

Mais la bombe étant possédée et présentée par plusieurs pays comme une arme de dissuasion, cela ne rend-il pas impossible tout retour en arrière ?

Dire que les super-puissances ne pourront pas faire marche arrière est une pétition de principe. Rien n’est moins sûr. Elles ont sû le faire durant des années, puisque nous sommes passés de 70 000 bombes à 13 500 aujourd’hui. Même s’il est vrai qu’une seule suffirait à faire des dégâts considérables... Nous sommes cependant en ce moment face à un processus d’escalade, mais sur des armes quelque peu différentes. Il ne faut pas non plus se focaliser uniquement sur le traité de non-prolifération des armes nucléaires et sur le nouveau traité d’interdiction des armes nucléaires, que le Vatican a été l’un des premiers à signer. Il y a deux autres traités en préparation qui pourraient devenir importants à savoir l’un sur l’interdiction des essais nucléaires et l’autre sur l’interdiction des matières fissibles, autrement dit le carburant de ces armes. C’est bien dans l’articulation de tous ces traités qu’est l’enjeu véritable. C’est à cela que travaille le Vatican pour arriver à un désarmement effectif.

De plus, de nombreux pays dénoncent cette dissymétrie entre quelques possédants et une masse de pays dépourvus de bombe nucléaire. Parmi les 122 pays qui ont élaboré le nouveau traité d’interdiction des armes nucléaires, vous retrouvez plusieurs États qui sont situés dans des zones exsangues d’armes nucléaires. Des sous-continents entiers, comme l’Amérique latine, se sont ainsi mis d’accord pour ne pas chercher à acquérir la bombe nucléaire. Enfin, le renforcement d’instance comme l’AIEA, agence internationale sur l’énergie atomique, basée à Vienne devrait pouvoir aider à avancer à nouveau. Il faut, dans ce travail de plaidoyer, rencontrer beaucoup de diplomates, de militaires, de scientifiques afin de cerner tous les enjeux et de pouvoir être le plus pertinent possible dans nos propositions.

Pourquoi des fidèles, non diplomates ou au cœur de ces débats internationaux, doivent-ils se former sur ces questions selon vous ?

Tout un chacun peut être amené à discuter ces sujets avec d’autres chrétiens, des fidèles d’autres religions, des agnostiques ou des athées. Et cela soulève de tels aspects éthiques qu’on est bien obligé d’avoir une réflexion approfondie pour en parler. De plus, les principes éthiques qui sont travaillés autour de cette question de la Paix peuvent être les mêmes pour des conflits entre pays ou entre personnes. Chercher la Paix, cela commence par chercher la paix dans son cœur, au sein de la famille, du travail, du club de foot... Le pape Jean XXIII disait ainsi : « il faut désarmer les cœurs ». Les solutions préconisées au niveau international sont donc bien-sûr aussi valables dans notre vie quotidienne.

S'INSCRIRE :
Contactez l'Institut Pey Berland pour participer à cette session les 14 et 15 février prochain.
contact@institutpeyberland.fr

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